Les billets « Rose » #1

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La Direction de l’Innovation et de Perce-Neige FORMATION m’accueille comme formatrice et chercheuse doctorante depuis septembre 2024. Danseuse, chorégraphe et musicienne de formation, intervenante spécialisée dans le domaine du handicap, j’ai ainsi un pied à la Fondation et dans des Maisons, l’autre à l’Université Paris 8. Ma thèse se déroulera sur une période de trois ans, assortie d’une possibilité de prolongation d’un an.

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Des ateliers chorégraphiques sont au cœur de la « recherche-action » sur laquelle repose ma thèse. Ils sont destinés aux résidentes des Maisons. Chaque séance s’adresse à une résidente. La sélection des participantes repose sur l’envie de celles-ci, leur plein consentement, et se fait en concertation étroite avec la direction et la famille (ou les tuteurs) concernées. J’interviens dans les Maisons d’Ile-de-France pour des raisons de géographie. Le but de l’atelier chorégraphique est d’offrir à la participante un environnement plaisant d’expression par le corps. En me mettant à son écoute, je l’invite à agir en autonomie, avec pour objectif qu’elle engage un geste jusqu’à créer sa danse singulière, son échappée belle. Tout est mis en place pour assurer son confort et s’assurer de son consentement à tout moment.

Lorsque de la musique se fait entendre, nous n’écoutons pas uniquement avec les oreilles, c’est tout le corps qui est engagé. L’approche des ateliers met en relation musique, émotions, sensations et danse. À travers la stimulation de la motricité est travaillé l’engagement personnel pour appréhender le corps comme aire de jeu de l’être-au-monde.

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Dans une société compacte où filer au travers des chemins de pratiques devient essentiel pour respirer, aller au-devant des silences, des oublis est mon défi. Partant du constat d’un environnement hostile, étanche aux différences, dépourvu d’attention à l’autre dans sa singularité, ma recherche s’intitule La mise en place d’ateliers chorégraphiques pour les femmes en situation de handicap victimes de violences : écoute, musique et danse comme chemin d’autodétermination. Il s’agit d’explorer une piste, si ce n’est du traitement de cette violence, tout au moins d’écarts par rapport à elle, de pas de côté, qui offrent des oasis permettant à la caravane de la vie en situation de handicap de se poser un peu, de souffler, et de goûter son être-au-monde.

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Chorégraphe, doctorante et formatrice, je suis surtout membre de la communauté Perce-Neige, c’est à ce titre que je vous écris. Pour reprendre les termes du titre d’un ouvrage du psychologue américain Marshall Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien des murs) (2016), j’ai à cœur de trouver les mots justes pour aborder toute la spécificité de ce monde nommé « handicap » (rien que ce terme interroge). Je n’ai pas de solution toute faite, j’ai l’envie d’écouter vos mots du quotidien, de m’en saisir, car c’est là un fonds formidable. Ces mots qui nomment, ces mots de rien, ces mots que l’on dit pour commencer la journée, que l’on consigne dans les comptes-rendus, ces mots qui tissent le lien, ceux de midi, ceux de l’ARS, ceux de la pause-café, ceux pour se revoir. Des mots de nous à nous.

Il s’agit de poser les mots pour les déchiffrer, pour mettre en lumière les savoirs propres qui ressortent du terrain, dans un regard empreint de curiosité et de respect, pour nommer ce qui nous lie.

Elsa Rose de Chedeville

elsa.rose@perce-neige.org

09/01/2025

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