C’est l’heure. Nous nous retrouvons tous et toutes dans le jardin de la Maison pour fêter la venue de l’été. Les cuisiniers et les membres du personnel ont fait leur office. La table est mise, le repas s’annonce. Les familles arrivent, la cheffe de service est déjà là , des éducatrices courent chercher des habitants en retard, d’ailleurs la psychomotricienne ne devrait plus tarder… et déjà des rires résonnent.
Tout est prêt, savourons ce moment où nos voix font chœur et souvenons-nous de chacun des gestes par lesquels l’être ensemble se noue. Ce sont bien de toutes ces voix – tant celles des familles, des habitants que celles des professionnels.les (au nombre desquels je m’inclus) – qui s’entremêlent tout au long de l’année et des couloirs de la Maison.
Professionnel.les, nous arpentons, en portant un regard sur l’autre, tout en surveillant nos pieds : ne rater aucune marche sous la cadence journalière. Tenir le rythme tout en se préservant : nous tricotons des instants au fil de la pelote du temps par un sourire, un mot, une attention. Des cafés, des cuillères qui tournent : résonner et raisonner ensemble lors des réunions autour d’une table (encore une !) ; nous cherchons un chemin. Les visages penchés sur les diagnostics et les comptes-rendus, nous formulons, reformulons. Même sous l’orage, nous nous accordons pour retenir le lien et dénouer les adversités. La résilience nous aiguille.
Des tresses de relations pleines de nuances ; nous tissons le sensible, nous confectionnons du « nous » : c’est ce que l’on appelle la nostrisation. C’est notre œuvre, nous édifions une sphère d’appartenance, nous engageons des mouvements vers l’union, nous fondons une réalité commune. Notre force est dans l’évocation et la réalisation d’une invitation de l’autre à notre table. Assis.es ensemble, chacun.e porte en soi la qualité d’être autre, indispensable dans le faire « nous ». Richesse du collectif, par nos différences assumées, chaque singularité peut se révéler et s’épanouir.
Capables d’oser et de côtoyer l’Autre dans sa beauté et sa vulnérabilité, face au monde, nous nous déployons. Loin des évidences, même dans la tourmente, nous insisterons et porterons nos écornures. Alors levons haut nos verres, à notre ouvrage, à l’altérité accueillie à notre table, et trinquons à ceux et celles qui s’y assoient comme à ceux et celles qui la préparent ou la servent. Trinquons à « Nous » !
Elsa Rose de Chedeville
elsa.rose@perce-neige.org